Rochecardon

Pour mieux connaître Horace CARDON, cliquez ici
Pour visualiser le clip vidéo réalisé par Philippe CAMOUS, cliquez sur le nom de
Jean Jacques Rousseau dans le texte. N’hésitez à nous laisser vos commentaires.

« Si Rochecardon m’ était conté… »

Un jour de 1539, le 15 mai précisément, un roi dénommé François 1er, est en séjour à Lyon. Avec toute sa cour, il décide une belle promenade par voie d’eau « en l’Isle », c’est-à-dire l’Isle Barbe. Au retour, la gent royale fait une halte en « un jardin de plaisance où trouverons et verrons des dames en souffisance… » Ce jardin se trouve à « la Roche, place de grand’ propreté »… Le poète Bonaventure Des Périers, faisant partie de la suite du Roi, a narré le déroulement de cette journée. Il cite également Albert, joueur de flûte du Roi, qui près d’une fontaine et certainement emporté par la beauté du lieu, « ha sacré » celle-ci qui prendra désormais le nom de fontaine Albertine…

« […] je ne l’ai guère quitté. Je dînai tous les jours chez lui ou dans ses sociétés intimes, comme chez Madame Boy de la Tour […] chez laquelle nous passâmes plusieurs jours à la campagne. Sa maison, appelée Roche-Cardon est située dans un lieu agreste où coule, à mi-coteau, un petit ruisseau […]. Au bas de la colline est un vallon où un autre ruisseau, beaucoup plus considérable, serpente sur des cailloux couverts de mousse […]. Rousseau herborisait en admirant cette belle nature […]»

Cet écrit est de Horace Coignet, grand ami de Jean-Jacques Rousseau. Effectivement, notre illustre philosophe-écrivain a séjourné en 1770, à l’invitation de la famille Boy de la Tour, alors propriétaire du château. Pendant son séjour à Rochecardon il confie à H. Coignet, la musique du « Pygmalion », mélodrame dont les représentations sont données avec succès à l’ Hôtel de Ville de Lyon. Jean-Jacques Rousseau, passionné de botanique, parcourt les chemins ombragés de cette contrée. En s’attardant dans ces lieux enchanteurs propices à la rêverie, il a gravé sa fameuse devise « Vitam impendere vero » (consacrer sa vie à la vérité ) sur le tronc d’un grand arbre près d’une source…La fontaine de J.J. Rousseau est-elle aussi la fontaine Albertine? Nous en doutons et cela mériterait une recherche approfondie.

Il y a des lieux comme cela qui se distinguent par la grande Histoire et les petites histoires…où des personnages illustres laissent des traces, des noms… C’est le cas du site de Rochecardon, qui par sa situation privilégiée tient un rôle historique important. Couvrant les premières pentes des Monts d’Or à sa pointe sud, abritant le confluent de deux ruisseaux dont les vallées pénètrent au coeur même du massif, le site a été au fil des siècles, aménagé, transformé. Un poste d’observation à l’époque romaine puis une maison forte médiévale en marquent déjà l’empreinte, d’après certains auteurs. La configuration géographique donne tout naturellement le nom de La Roche au lieu-dit. Un colombier dont les bases datent probablement du 15e siècle surmonte le rocher; il s’appellera plus tard le pigeonnier de J.J. Rousseau…

En 1620, la famille Camus, propriétaire depuis un siècle, vend la “seigneurie et maison noble de la Roche” à un certain Horace Cardon. D’origine italienne, Horace émigre à Lyon très jeune et fait fortune dans l’imprimerie. Nous sommes sous le règne du bon Roi Henri IV à qui il voue une fidélité sans faille. Sa demeure citadine est l’un des plus beaux hôtels de la rue Mercière. Le domaine de la Roche devenant alors Roche-Cardon, est sa résidence de campagne, la “ maison des champs”. C’est une très vaste possession «avec bois, haute futaie, garennes, deux moulins, vignes et prés s’étendant jusqu’à la Saône» . Horace CARDON est honoré à toutes les charges consulaires de sa ville; il est parmi les bienfaiteurs de Lyon et son testament comble de gratifications toutes les oeuvres sociales, surtout les hôpitaux. “D’or, à une fleur de cardon au naturel, tigée et feuillée de sinople”, tel est le blason d’Horace Cardon…

Depuis, le quartier de Rochecardon (*) a subi de bien nombreuses modifications. L’industrialisation et l’urbanisation sont passées par là, le morcelant, le défigurant, lui faisant perdre le caractère romantique où de nombreux peintres et graveurs lyonnais trouvèrent pourtant leur source d’inspiration… Un début de restauration a permis l’ouverture à ciel ouvert du confluent des ruisseaux d’Arche et de Rochecardon. Les promeneurs peuvent admirer plus aisément le château style Renaissance, avec sa tour hexagonale et ses fenêtres à meneaux. Ce site mérite encore que nous lui réservions tous les égards et les attentions qui lui sont dus. L’approche du tricentenaire de la naissance de J.J.Rousseau en 2012 doit être l’occasion d’une mise en valeur culturelle, historique et architecturale de ce quartier.

Claude MILLET
association ROCH’NATURE
* : à cheval sur la commune de St Didier et Lyon-Vaise

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♦  L’association participe aux JOURNEES EUROPEENNES DU PATRIMOINE depuis 2005. Pour l’année 2010, cliquez sur le lien suivant : « quartier de Rochecardon et ses hommes célèbres »

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Rochecardon, la botanique et le philosophe…

Roch’nature va vivre un moment très fort en 2012. Un grand philosophe s’immiscera dans la vie de l’association, non pas fortuitement mais pour faire revivre une petite tranche d’histoire où il laissa une empreinte sur le site de Rochecardon. Après la condamnation de son ouvrage “L’Emile ou De l’éducation” par le Parlement en juin 1762, Jean-Jacques ROUSSEAU s’enfuit et se réfugie en Suisse à Yverdon en territoire de Berne, chez son ami Daniel Roguin. Mais l’orage  gronde aussi à Genève; “L’Emile” et le “Contrat social” sont brûlés. Rousseau doit quitter Yverdon et trouve refuge à Môtiers chez les Boy de la Tour. Rousseau se lie d’amitié avec cette famille avec qui il tiendra une riche correspondance. Nièce de  M. Roguin, Mme Julianne Boy de la Tour est également propriétaire du domaine de Rochecardon.
        C’est lors d’un de ses passages à Lyon en 1768, pendant une promenade dans la campagne de Rochecardon, que notre philosophe “a trouvé dans sa vigne beaucoup d’aristoloche qu'[il] n’avait jamais vue et qu ‘au premier coup d’œil [il a] reconnue avec transport” (1). C’est suite à ce court séjour à Lyon qu’il ira ensuite faire une excursion botanique à la Grande Chartreuse. Pendant son nouveau et dernier séjour à Lyon en 1770, Rousseau passa quelques jours à Rochecardon dans la maison de Mme Boy de la Tour “située dans un lieu agreste où coule à mi-côteau un petit ruisseau qui prend sa source à un demi-quart de lieue de là”. Il se promena avec les demoiselles Boy de la Tour “jeunes et remplies de graces”, herborisa “en admirant cette belle nature. (….)  Il s’écria (…) que tout ce qu’il voyait et tout ce qu’il   entendait était pour lui romantique, que c’était un des jours heureux de sa vie” (2) …
       Voilà, le ton est donné! Nous ne pouvions pas ne pas célébrer cet événement, le Tricentenaire de la naissance d’un de nos plus illustres écrivains, à la pensée foisonnante qui se passionna, au crépuscule de sa vie, à la botanique. Nous laisserons de côté tous les griefs et les malentendus qu’il a pu susciter (qu’il suscite encore!) au sujet de ses écrits et certains de ses actes… De l’été 1771 à l’été 1773, Jean-Jacques Rousseau adressa huit longues lettres à  Mme Madeleine Dellessert, une des filles de Mme Boy de la Tour qui épousa M. Etienne Delessert,  banquier lyonnais. Ces “Lettres élémentaires sur la botanique” avaient la prétention d’initier sa fille Madelon, très jeune enfant, à la connaissance et à la détermination des fleurs. Rousseau lui offrit l’année suivante un herbier où le nom de chaque plante d’après Linné était indiqué, le nom français et celui de la famille. Il en offrit d’autres, à Julie, une autre fille de Mme Boy de la Tour, à la duchesse de Portland, à M. Malesherbes…  Nous nous sommes laissés guider par les « Rêveries du promeneur solitaire” en arpentant les sentiers du vallon de Rochecardon.  En effet, nous avons animé huit sorties botaniques à partir du samedi après-midi 17 mars 2012 . “A la manière de Jean-Jacques Rousseau”, nous nous sommes émerveillés devant le spectacle surprenant que les fleurs offrent si complaisamment. Avec méthode, nous avons confectionné des herbiers mis en scène ensuite dans une exposition/nature, accompagnés d’extraits de textes de l’oeuvre de Rousseau et ceux des participants des ateliers d’écriture des “Dix Mots” qui se sont déroulés en janvier.
Les samedi 30 juin et dimanche 1er juillet 2012, le Centre Paul Morand nous a ouvert ses portes pour notre exposition des herbiers et le samedi en soirée, un spectacle-lecture “ROUSSEAU, une pensée en marche” a été  donné par la Compagnie des arTpenteurs avec qui Roch’nature était en partenariat.

Une vidéo sur cet évènement est disponible : vidéo expo Rousseau

(1) Lettre de Rousseau à M Du Peyrou 
(2)  Témoignage d’Horace Coignet
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